Recharge électrique : ces stations qui fonctionnent en circuit court grâce au vent et au soleil

Dans l’Oise et en Isère, deux stations de recharge déployées fin 2025 proposent un modèle encore inédit en France : l'électricité qui alimente les véhicules est produite sur place, grâce à des éoliennes ou des panneaux solaires. Résultat ? Un modèle plus cohérent sur le plan écologique et des tarifs plus doux pour les automobilistes.

Eva Gomez journaliste pour le média Roole
Eva Gomez
Publié le 20/02/2026 à 12h29

Temps de lecture : 9 min

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Des voitures électriques sont garées pour se recharger sur une station de recharge équipée de panneaux photovoltaïques.
A Salaise-sur-Sanne, les voitures électriques se rechargent grâce à l'énergie solaire produite sur place. ©AtlanteFrance

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Quand vous branchez votre voiture électrique sur une borne de recharge publique, l’électricité ne vient généralement pas du champ d’éoliennes voisin ni des panneaux solaires du parking. Elle transite par le réseau, comme pour n’importe quel autre usage. Certes, la production électrique française est majoritairement décarbonée, mais les bornes de recharge ne sont pas directement reliées à un site de production d’énergie renouvelable. Dans l'Oise et en Isère, deux stations pionnières changent la donne : ici, on recharge en circuit court, au plus près de la source d'énergie.

Dans l’Oise, des bornes alimentées directement par cinq éoliennes

Chez Yaway – réseau de recharge porté par le producteur d’énergies renouvelables Kallista Energy – l’idée est née d’une exigence de cohérence interne. « La complémentarité entre nos activités de production d’énergie renouvelable et notre travail sur la mobilité électrique découle des engagements de l’entreprise : on ne peut pas dire qu’on produit des énergies renouvelables et brûler du pétrole pour se déplacer dans les territoires », explique Guillaume Kosman, directeur de la mobilité électrique chez Yaway. Cette logique s’est concrétisée fin septembre 2025, avec l’inauguration d’une station de recharge à Breteuil, dans l’Oise. Sa particularité ? Elle est directement raccordée à un parc éolien situé sur la même commune. Un câble de 1 800 mètres relie les cinq éoliennes de Kallista Energy aux bornes exploitées par Yaway.

Cinq éoliennes alimentent en direct la station de recharge Yaway à Breteuil. ©Yaway-Paco Lissillour
Cinq éoliennes alimentent en direct la station de recharge Yaway à Breteuil. ©Yaway-Paco Lissillour
Cinq éoliennes alimentent en direct la station de recharge Yaway à Breteuil. ©Yaway-Paco Lissillour

Sur la station : quatre points de charge pouvant chacun délivrer jusqu'à 400 kW. Et à quelques centaines de mètres, cinq éoliennes de dernière génération capables de produire 2,2 MW d'électricité chacune dès que le vent souffle à 10 km/h. « C’est comme quand on fait de l’autoconsommation à la maison avec des panneaux solaires sur le toit : là, on le fait à grande échelle avec des éoliennes », résume Guillaume Kosman. La production du parc éolien permet de couvrir environ 80 % des besoins en électricité du site de recharge. Lorsque le vent ne permet de couvrir les besoins de la station, le complément est prélevé sur le réseau. À l’inverse, en cas de surproduction, l’électricité est injectée sur le réseau public.

Bon à savoir

Les cinq éoliennes qui alimentent la station de Breteuil ont une production estimée de 29 GWh par an, correspondant à l’énergie nécessaire pour parcourir 200 millions de kilomètres en voiture électrique chaque année, soit près de 5 000 fois le tour de la terre.

Un prix de recharge compétitif grâce au circuit court

Pour les électromobilistes, l’intérêt est surtout économique. « Sur de la très haute puissance, on est à 0,30 € le kWh, soit 40 % moins cher que sur les stations Yaway conventionnelles », avance Guillaume Kosman. Le secret ? Le circuit court : pas besoin d’agrégateurs, de fournisseurs, ni de distributeurs. « On s’affranchit de ces intermédiaires et le consommateur final bénéficie directement de l’énergie produite sur place », souligne-t-il.

Dans cette station, le prix au kWh est affiché à 0,30 €. ©Yaway-Kallista Energy
Dans cette station, le prix au kWh est affiché à 0,30 €. ©Yaway-Kallista Energy
Dans cette station, le prix au kWh est affiché à 0,30 €. ©Yaway-Kallista Energy

Yaway compte déjà sept stations en France. Celle de Breteuil est pour l'instant la seule à fonctionner en circuit court avec de l'énergie locale. Mais l'opérateur voit plus grand : 90 stations d'ici cinq à dix ans, idéalement toutes raccordées à des parcs éoliens le long des grands axes routiers.

En Isère, l’électricité solaire stockée pour les pics de recharge

À plusieurs centaines de kilomètres de là, c’est le soleil – et non le vent – qui alimente une autre installation, déployée fin 2025 par Atlante sur le pôle commercial de Salaise-sur-Sanne, en Isère. Ici aussi, l’ambition est de rapprocher la production d’énergie renouvelable de son usage. Le site dispose de 2 000 m² de panneaux photovoltaïques, pour une puissance d’environ 460 kWc, mais surtout d’un système de stockage.

Située dans une zone commerciale, la station de Salaise-sur-Sanne est équipée de 2000 m² de panneaux photovoltaïques. ©AtlanteFrance
Située dans une zone commerciale, la station de Salaise-sur-Sanne est équipée de 2000 m² de panneaux photovoltaïques. ©AtlanteFrance
Située dans une zone commerciale, la station de Salaise-sur-Sanne est équipée de 2000 m² de panneaux photovoltaïques. ©AtlanteFrance

« Il s’agit de la première station de recharge équipée de panneaux photovoltaïques et d’un système de stockage d’énergie en France », assure Jacques Galvani, directeur général d’Atlante France. Le modèle d’autoconsommation solaire n’est pas nouveau : le plus souvent, l’électricité produite est réinjectée dans le réseau. Mais à Salaise-sur-Sanne, l’énergie est utilisée directement sur place.

Lisser les pics de consommation grâce au stockage

L’infrastructure se compose de quatre bornes pour huit points de charge. « C’est une station classique, mais une batterie permet de stocker l’énergie produite de manière intermittente », précise Jacques Galvani. La batterie est rechargée pendant les heures creuses ou lorsque la production solaire est excédentaire. L’énergie stockée est ensuite mobilisée lors des pics d’utilisation, par exemple le matin ou en fin de journée. « La capacité de stockage permet d’assurer la recharge de 10 à 12 véhicules », précise-t-il.

La station de Salaise-sur-Sanne est équipée de huit points de charge. ©AtlanteFrance
La station de Salaise-sur-Sanne est équipée de huit points de charge. ©AtlanteFrance
La station de Salaise-sur-Sanne est équipée de huit points de charge. ©AtlanteFrance

Comme dans l’Oise, l’enjeu est double : écologique et économique. En limitant les coûts de transport de l’électricité, Atlante peut casser les prix : 0,29 € le kWh avec abonnement, soit presque moitié moins cher que sur ses stations classiques (0,54 €).

Bon à savoir

70 % des stations de recharge d’Atlante sont situées sur des sites commerciaux, notamment à proximité de restaurants ou de services. Le but est de transformer le temps de recharge en temps utile pour les automobilistes.

Un modèle d’avenir, mais qui a des limites

Ces deux initiatives illustrent une même conviction : rapprocher production et consommation d’électricité renforce la cohérence environnementale de la mobilité électrique. Pour autant, les dirigeants d’Atlante France et Yaway restent lucides. « Ce ne sera pas un modèle appliqué sur la majorité des sites de recharge, car il faut maîtriser des technologies spécifiques et disposer de sites qui s’y prêtent », reconnaît Jacques Galvani. Les éoliennes, notamment, ont besoin de beaucoup d'espace et ne peuvent pas être installées n'importe où.

Même si toutes les stations ne produisent pas leur électricité sur place, l’idée d’une recharge alimentée par des énergies renouvelables s’impose peu à peu comme une évidence. « Quand on sait que les transports sont le plus gros poste d’émissions carbone en France et que la meilleure façon de décarboner ce secteur est de l’électrifier… L’association des énergies renouvelables et de la mobilité électrique relève du bon sens », résume Guillaume Kosman.


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