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ZFE du Grand Reims : modalités d'application et solutions

6 juin 2022

Il n'est pas toujours simple de s'y retrouver dans les mesures de restrictions de circulation en centre-ville. Pour éclairer les automobilistes du Grand Reims – mais pas seulement – nous vous proposons un décryptage de la Zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m), en phase d'installation depuis le 1er septembre 2021.

Depuis le 1er septembre 2021, les automobilistes du Grand Reims traversent, pour certains quotidiennement, une nouvelle Zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m). Si ce type d'aménagement peut sembler contraignant au départ, il est en fait mis en place pour réduire les émissions de particules fines et autres polluants, et ainsi améliorer la qualité de l'air, la santé et le bien-être de tous. Vous roulez régulièrement dans le secteur de Reims et vous ne comprenez pas comment elle fonctionne ? Voici quelques clés pour vous repérer et comprendre son intérêt.

Qu'est-ce qu'une ZFE-m ?

Une Zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m) est un aménagement décidé par les collectivités, qui permet de limiter l'accès à une partie délimitée du territoire, pour les véhicules les plus polluants, pendant une période définie. La restriction de circulation s’appuie sur la vignette Crit'Air des véhicules : allant de 0 à 5, ces vignettes classent les véhicules selon leur niveau de pollution et sont obligatoires pour rouler dans les ZFE-m ou pour circuler quand un arrêté préfectoral instaure une circulation différenciée dans un périmètre défini lors des épisodes de pollution.

Pourquoi instaurer une ZFE dans le Grand Reims ?

La métropole du Grand Reims enregistre régulièrement des dépassements des seuils réglementaires de dioxyde d'azote (NO2), en particulier le long des artères principales de l'agglomération : l'autoroute A4, l'avenue de Champagne (D951), la traversée urbaine de Reims (A344), ou encore la route de Witry-lès-Reims (D151). « Nous avons voulu mettre en place la ZFE dès 2018, avant même que la loi Climat et résilience nous y contraigne, car nous étions ciblés par un contentieux, il fallait agir pour réduire la pollution au dioxyde d'azote », rappelle Laure Miller, adjointe au maire de Reims, déléguée à l'écologie. La ZFE-m se présente comme une solution parmi d'autres. La mise en place d'une zone 30 dans le centre-ville, l'aménagement de la place de l'hôtel de ville, la rénovation et la piétonisation des Promenades et de la place de l'hôtel de ville, le développement d'aménagements cyclables, ou encore le déploiement d'un service d'auto-partage et de bornes de recharge pour les véhicules électriques en sont d’autres.

Concentrations moyennes annuelles en NO2 en 2019 ©ATMO Grand Est
Concentrations moyennes annuelles en NO2 en 2019 ©ATMO Grand Est

Où se situe cette ZFE-m et pourquoi ?

La Zone à faibles émissions mobilité du Grand Reims est délimitée par les boulevards de la rocade interne : Lundy, Paix, Pasteur, Victor Hugo, Dieu Lumière, Docteur Henri Henrot, Paul Doumer, Louis Roederer et Joffre. « A cette délimitation s'ajoute un axe fortement émissif : celui des Transports Urbains Rémois jusqu'à l'A344, des échangeurs de Tinqueux à Cormontreuil », ajoute le Grand Reims sur son site. « Nous avons travaillé avec ATMO Grand Est, qui nous a présenté des scenarii et nous avons choisi le périmètre le plus pertinent pour arriver à une réduction de la pollution, tout en imposant le moins de contraintes possibles aux habitants », explique Laure Miller. « La pollution est concentrée dans l'hyper centre-ville car Reims a la spécificité d'avoir une autoroute qui traverse son centre. »

Périmètre de la ZFE-m de Reims ©Ville de Reims
Périmètre de la ZFE-m de Reims ©Ville de Reims

Les différents scenarii présentés par ATMO Grand Est intégraient trois critères : le périmètre, les choix des classes de restrictions et les horizons d'application. « Nous sommes restés focalisés sur le dioxyde d'azote, issu principalement du trafic automobile : 47 % des émissions de ce polluant sont liés au trafic », rappelle Emmanuelle Drab Sommesous, directrice accompagnement et développement ATMO Grand Est. 4 périmètres ont ainsi été étudiés : le centre-ville de Reims ; le centre-ville ainsi que la portion de traversée urbaine (périmètre retenu) ; la « rocade médiane », intégrant le centre-ville ainsi que les axes périphériques ; et un périmètre très élargi au-delà même de la ville de Reims.

Qui est concerné par cette ZFE-m ?

Tous les automobilistes qui empruntent ce périmètre ont l'obligation d'afficher une vignette Crit'Air. Pour l'instant en phase pédagogique, cette ZFE-m exclut les véhicules non classés et les vignettes Crit'Air 5. Il est possible de commander sa vignette en ligne très simplement pour un peu moins de 4 €.

Bon à savoir

Il existe des dérogations pour certaines catégories de véhicules.

Quel impact concret devrait avoir cette ZFE-m sur la qualité de l'air à Reims ?

Depuis 2010, les concentrations en dioxyde d'azote diminuent à Reims. Mais elles restent toujours trop élevées et dépassent le seuil réglementaire de 40 µg/m3. En 2019, la moyenne annuelle de concentration en dioxyde d'azote sur le boulevard Paul Doumer était de 41 µg/m3. « L'objectif était de réduire de l'ordre de 4 ou 5 µg/m3 la teneur en dioxyde d'azote : c'est le périmètre centre-ville et traversée urbaine qui permettait de passer en dessous des seuils réglementaires assez rapidement », explique Emmanuelle Drab Sommesous.

Nous avons constaté un lien particulièrement significatif dès lors que les véhicules classés Crit'Air 3 sont exclus de la zone.

Emmanuelle Drab Sommesous

ATMO a également étudié différentes hypothèses de mise en application de cette ZFE-m. « Nous avons testé deux horizons : 2022 et 2025 ; ainsi que différentes restrictions. Plus on va vers des niveaux de restriction élevés et plus on a des véhicules récents aux émissions réduites. Mais nous avons constaté un lien particulièrement significatif dès lors que les véhicules classés Crit'Air 3 sont exclus de la zone », c'est-à-dire les véhicules diesel antérieurs à 2010 et les véhicules essence d'avant 2005.

Étant donné que la mise en application de cette ZFE-m se fera progressivement, Emmanuel Drab Sommesous prévient qu'il « ne faut pas s'attendre à des résultats immédiats, ce sera progressif ! » Bonne nouvelle néanmoins : la période de confinement en 2020 et la baisse du trafic qu'elle a induit a eu pour conséquence une baisse des niveaux de concentration en dioxyde d'azote. « Et cette baisse est durable depuis, en raison notamment des changements d'habitudes des citoyens, qui utilisent plus le vélo, font plus de télétravail... », souligne la directrice accompagnement et développement d'ATMO Grand Est. « Nous partons donc de moins loin que lorsque nous avons fait les premières projections. Nous ne sommes plus au-dessus des seuils réglementaires, mais ces normes vont probablement évoluer dans les années qui viennent : les nouvelles recommandations de l'OMS (2021) divisent par 4 les valeurs recommandées sur ce polluant », conclut-elle.

Comment et quand cette ZFE-m se met-elle en place ?

Au départ du projet, la phase pédagogique devait s'étendre du 1er septembre au 1er décembre. « L'idée était que la police municipale ou nationale, lors des contrôles, sensibilise les automobilistes à l'exigence d'avoir une vignette Crit'Air. Car beaucoup d'habitants ne l'avaient pas encore », explique Laure Miller. Le maire de Reims se rendant compte que les habitants et usagers n'étaient pas bien au fait de cette ZFE-m, et dans le contexte économique et social compliqué qui caractérise le début de l'année 2022, il a été décidé de prolonger cette phase pédagogique de 6 mois minimum. « De plus en plus de gens ont acheté la vignette Crit'Air, mais la ZFE-m est une mesure politique qui n'est pas forcément bien comprise par la population. Nous nous laissons donc le temps de l'été pour réfléchir, il n'y a pas encore de décision prise pour débuter la phase de verbalisation. Nous ne voulons pas en rajouter sur les difficultés liées à la baisse de pouvoir d'achat des Français », partage l'adjointe au maire.

Dans tous les cas, au 1er janvier 2023, les véhicules Crit'Air 4 rejoindront la liste des véhicules exclus de la ZFE-m. En 2024, seuls les véhicules électriques, hybrides et Crit'Air 1 et 2 seront autorisés à circuler, soit les voitures essence mises en circulation après 2006 et les voitures diesel après 2011.

Progressivité du calendrier de la ZFE-m de Reims ©Ville de Reims (ne tient pas compte du prolongement de la phase pédagogique, NDLR)
Progressivité du calendrier de la ZFE-m de Reims ©Ville de Reims (ne tient pas compte du prolongement de la phase pédagogique, NDLR)

Que faire si mon véhicule est exclu ou prochainement exclu de cette ZFE-m ?

L'objectif de la mise en place de cette ZFE-m est aussi d'accompagner les automobilistes dans l'achat d'un nouveau véhicule moins polluant ou dans la conversion des véhicules actuels. Des aides sont disponibles – en plus des aides de l'Etat – pour accompagner les particuliers et les professionnels.

Pour les particuliers domiciliés à Reims, qui vivent ou travaillent dans le périmètre de la ZFE-m ou les voies adjacentes, la ville de Reims propose de compléter les aides de l'Etat. Plusieurs options s'offrent à vous selon votre situation :

  • Vous détenez un véhicule non classé, ou Crit'Air 5, 4 ou 3 ? Celui-ci peut être mis à la casse et remplacé par un véhicule électrique ou classé Crit'Air 1 ou 2. « Le montant des aides allouées aux particuliers dépendra du revenu fiscal de référence par part », souligne la ville de Reims. « Le montant de l'aide est plafonné à 40 % du coût HT du véhicule et limitée à un véhicule par foyer », est-il précisé.
RFR/part < 6 300 €RFR/part > ou égal à 6 300 € et < ou égal à 13 489 €
Véhicule neuf/occasion/location
Electrique, GNV, hydrogène, hybride rechargeable
3 000 €2 000 €
Véhicule neuf/occasion
Crit'Air 1 ou 2
3 000 €2 000 €
  • Vous détenez un véhicule léger ou utilitaire léger non classé, ou certifié Crit'Air 5, 4 ou 3 éligible au rétrofit électrique ? Vous pouvez obtenir une aide comme suit, en fonction de votre revenu :
RFR/part < 6 300 €RFR/part > ou égal à 6 300 € et < ou égal à 13 489 €
Changement de motorisation en électrique2 000 €1 000 €
  • Vous souhaitez modifier la motorisation thermique de votre véhicule à l'aide d'un boîtier superéthanol E85 ? La ville de Reims propose de compléter l'aide mise en place par la région Grand Est, à hauteur de 400 € dans la limite de 90 % du coût du boîtier. Pour rappel, la région Grand Est propose déjà une aide à l'achat du boîtier E85 à hauteur de 500 €.

Bon à savoir

Pour les professionnels, une aide a également été mise en place : elle s'adresse aux associations, aux petites et moyennes entreprises du Grand Reims, dont l'activité (ou part de cette activité) se situe sur la ZFE-m. La subvention est limitée à cinq véhicules (remplacement, location ou changement de motorisation) et 20 000 €.

Quelles autres solutions que la voiture pour se déplacer dans Reims ?

Et pour ceux qui veulent profiter de ces nouveaux aménagements pour tester d'autres modes de transports, ou les cumuler à leur utilisation de la voiture, le Grand Reims et la région Grand Est prévoient – en plus des aménagements déjà proposés – une refonte totale de l'offre de transports en commun. « Un groupe d'élus travaille actuellement sur ce projet qui devrait bientôt être dévoilé », explique Laure Miller. Transports en commun, parkings relais, développement des pistes cyclables et aide à l'acquisition d'un vélo, autopartage... Les alternatives s'étoffent !


Quelques liens utiles

Citura, réseau de transports publics de l'agglomération de Reims

Zébullo, vélos en libre-service
Citiz, service d'autopartage

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