Il n’y a pas si longtemps, contester un procès-verbal après une infraction routière nécessitait du temps, de l’énergie, voire de l’argent. Il fallait soit s’en charger seul au risque de se tromper, soit payer un avocat. Puis les plateformes en ligne sont apparues. Payantes, supervisées par des juristes et adossées à des modèles d’intelligence artificielle (IA) spécialement entraînés, elles permettent de générer un recours en quelques clics.
Désormais, une troisième voie existe : solliciter directement et gratuitement les agents conversationnels grand public. La promesse est séduisante : l’IA évalue la situation, détecte les motifs de contestation possibles et rédige le courrier à envoyer à l’ANTAI.
Contester un PV grâce à l’IA : est-ce que ça marche ?
Qu’elle soit intégrée à une plateforme dédiée ou accessible via un assistant classique, l’intelligence artificielle est capable de vous orienter vers les motifs possibles de contestation d’un PV à partir des données fournies. Elle sait aussi vous poser des questions afin de recueillir les informations manquantes. L’IA peut rédiger la description des faits contestés. Vous lui expliquez la situation avec vos propres mots, et elle produit un texte structuré, argumenté et sans faute d’orthographe, prêt à être joint à votre recours.
Mais contrairement à un avocat, l’IA n’engage aucune responsabilité professionnelle. Ses conseils restent généralistes (« ne payez pas l’amende avant de contester »). Elle ne peut pas élaborer une stratégie sur-mesure ou évaluer vos chances réelles de succès face à un juge, comme pourrait le faire un avocat expérimenté.
Utiliser l’intelligence artificielle peut vous faire gagner du temps. À condition de bien vous y prendre.
N’influencez pas l’algorithme
Les agents conversationnels sont facilement influençables. Pour obtenir une réponse fiable, transmettez leur uniquement des faits bruts (scan de la contravention, photo du flash, relevé d’information intégral).
Ibrahim Shalabi, avocat en droit routier et cofondateur de la plateforme Captain Radar, vous conseille de ne pas dire à l’IA qui était au volant lors de l’exposé des faits. D’après lui : « Si l’IA suppose que vous étiez au volant, son biais d’entraînement va la pousser vers des considérations morales au lieu d’appliquer le droit. »
Surveillez aussi votre langage : l’avocat note que l’IA se montre plus coopérative et moins moralisatrice si vous la vouvoyez et utilisez un français soutenu plutôt qu’un langage familier et des expressions comme « faire sauter mon PV ».
Forcez l’IA à jouer les experts
Avant d’exposer votre cas, donnez un rôle à la machine. Demandez-lui dans votre prompt d’agir comme un avocat spécialisé en droit routier. Incitez l’intelligence artificielle à vous poser des questions avant de vous conseiller et de rédiger la contestation en lui disant : « Pose-moi toutes les questions nécessaires avant de rédiger ma contestation, comme le ferait un avocat. »
Demandez-lui également de se renseigner, notamment en consultant les textes de loi et la jurisprudence. Vous pouvez même joindre à votre conversation le PDF du Code de la route, téléchargeable sur le site Légifrance.
Enfin, précisez-lui votre objectif exact : voulez-vous faire annuler l’amende ou simplement gagner du temps pour effectuer un stage de récupération de points ?
Si l’IA peut se comporter comme un expert, elle dispose des mêmes informations que vous : celles que vous lui transmettez et celles disponibles en ligne publiquement. Elle n’a pas accès à l’intégralité du dossier. Elle ne peut pas non plus attester juridiquement des faits ou prédire la réaction d’un juge.
Vérifiez systématiquement les réponses
Vous l’avez sans doute déjà expérimenté si vous utilisez l’IA : elle peut commettre des erreurs, oublier des informations ou inventer n’importe quoi. Avant de demander à un agent conversationnel de vous aider, renseignez-vous sur la procédure, les motifs de contestation possibles et vos chances de succès. Cela vous permettra de repérer les erreurs ou les zones d’ombre dans les réponses.
Vérifiez les informations données par l’IA. Si elle cite un article de loi ou une jurisprudence, lisez-les. Souvent, les références ne sont pas les bonnes. Parfois, elles n’existent tout simplement pas. Enfin, relisez le courrier généré. Vérifiez que les données (numéro de PV, immatriculation, date) n'ont pas été modifiées.
Tout dépend du degré de complexité et du risque. Si le motif de contestation est évident (voiture vendue, plaques usurpées avec dépôt de plainte), un LLM comme ChatGPT, Gemini ou Claude vous fera gagner du temps, gratuitement et sans risque.
Si la situation est technique (vice de forme, radar non homologué), tournez-vous vers une plateforme spécialisée ou un avocat en droit routier.
Enfin, Ibrahim Shalabi conseille de s’adresser à un avocat lorsque l’enjeu de la contestation est important, en particulier si vous voulez sauver votre permis d’un retrait de points ou d’une annulation.