Parmi les principaux freins à l’adoption du véhicule électrique, la peur de manquer d’autonomie et l’idée reçue selon laquelle une voiture électrique ne conviendrait pas aux trajets longs reviennent souvent. Pourtant, la France compte près de 180 000 points de recharge ouverts au public : en voirie, sur les parkings de supermarchés et d’hôtels, sur les aires d’autoroute. « La France possède le troisième plus grand réseau de recharge en Europe », souligne Clément Molizon, délégué général de l’Avere-France, association professionnelle spécialisée dans l’électromobilité. En effet, la France se classe en troisième position des pays européens les mieux équipés, derrière les Pays-Bas et l’Allemagne.
On confond souvent les notions de « borne » et de « point » de recharge. Un point de charge correspond à une seule prise, il recharge donc un seul véhicule à la fois, tandis qu’une borne peut en proposer plusieurs. Enfin, une « station de recharge » désigne un ensemble de bornes réunies sur un même site, comme une station-service pour les voitures thermiques.
Et le réseau français répond de mieux en mieux à la diversité des besoins des électromobilistes, notamment au besoin de recharge sur des trajets de longue distance. « Depuis 2024, 100 % des aires de service du réseau autoroutier sont équipées en points de recharge. Ce sont des bornes de recharge rapides ou ultra-rapides qui permettant de récupérer 80 % d’autonomie en 15 à 20 minutes », explique Clément Molizon, « le temps de faire une pause-café ou de se restaurer ». Au 30 juin 2025, on comptait ainsi 3 673 points de recharge répartis sur le réseau autoroutier français, dont 71 % délivrant une puissance supérieure à 150 kW. « Tout cela a été possible en moins de deux ans. Il n’y a pas un autre pays dans le monde qui a réussi à équiper tout son réseau autoroutier en aussi peu de temps », ajoute-t-il.
Le gouvernement a fixé l’objectif de déployer 400 000 bornes publiques à horizon 2030, ce qui correspond aux projections réalisées par l’Avere. « À horizon 2030, on identifie un besoin situé entre 330 000 et 480 000 points de charge ouverts au public », explique Clément Molizon. Mais pour lui, il s’agit plus d’une direction à prendre qu’un objectif à atteindre absolument. « Il ne faut pas en faire un totem comme l’était le cap des 100 000 bornes en 2023. Si on se rend compte qu’il faut aller chercher les 500 000 points de charge en 2030, il faut pouvoir s’ajuster. Et au contraire, si on peut se contenter de 300 000 points, il ne servira à rien de trop en déployer », soulignait-il déjà fin 2024. Le plus important étant que le réseau de recharge s’adapte aux besoins des usagers et au nombre de véhicules électriques dans le parc roulant français : à fin septembre 2025, on comptait un peu plus d’1,5 million de voitures particulières 100 % électriques, auxquelles s’ajoutent plus de 810 000 voitures hybrides rechargeables. Ce qui fait un point de recharge pour 8 voitures électrifiées.
Si le réseau public continue de se développer, la plupart des conducteurs de voitures électriques se rechargent pourtant ailleurs. Près de 90 % des recharges se font chez soi ou sur son lieu de travail. « On change de paradigme par rapport au thermique, où l’on se rend à la station-service pour faire le plein. Une voiture électrique, on la recharge principalement chez soi, ou au travail quand on peut », affirme Clément Molizon. En comptant les bornes privées, à domicile comme au travail, Enedis estime à 2,4 millions le nombre de points de recharge en France. Le réseau public joue donc un rôle complémentaire : il est indispensable pour les trajets longs et pour ceux qui n’ont pas de point de recharge à domicile. Mais il ne remplace pas une solution de recharge à domicile pour un usage quotidien fiable.