Permis de conduire spécial voiture électrique : une fausse bonne idée pour les auto-écoles ?

Rendre le permis de conduire moins cher tout en accélérant la transition écologique : l’idée de l’Union française de l’électricité (UFE) séduit sur le papier. Mais leur proposition de créer un permis dédié aux voitures électriques soulève de nombreuses interrogations chez les auto-écoles, entre coûts, contraintes logistiques et réalité de l’apprentissage.

Marine Madelmond
Publié le 16/01/2026 à 14h44

Temps de lecture : 7 min

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Une élève assise côté conducteur en apprentissage à l'auto-école.
De nombreux candidats passant le permis en boîte automatique conduisent aujourd’hui des véhicules électriques ! ©iStock

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Alors que le gouvernement travaille à un vaste « plan d’électrification des usages », destiné à mettre la France sur la trajectoire de la neutralité carbone à l’horizon 2050, l’Union française de l’électricité (UFE) a présenté, le 22 décembre 2025, un ensemble de 50 mesures visant à accélérer cette transition. L'organisation, qui regroupe les principaux acteurs du secteur comme EDF, Engie ou encore TotalEnergies défend l’idée que l’apprentissage de la conduite peut devenir un levier supplémentaire pour réduire les émissions du secteur des transports.

Un permis spécifique pour voiture électrique

L'UFE propose la création d’un permis de conduire spécifique aux voitures électriques. L’objectif affiché est de réduire le coût du permis en allégeant la formation, notamment en supprimant l’apprentissage de certaines compétences comme la gestion de l’embrayage. Selon l’UFE, cette évolution permettrait de rendre le permis plus accessible aux jeunes, tout en orientant plus tôt les apprentis conducteurs vers des motorisations moins polluantes.

Mais dans les faits, l’apprentissage sur voiture électrique existe déjà. De plus en plus d’auto-écoles intègrent des véhicules propres à leur flotte, si bien qu’une part croissante des candidats au permis en boîte automatique se forme désormais au volant de voitures électriques. « On a déjà une voiture électrique, et nos élèves en boîte automatique passent déjà le permis sur ce véhicule, nous explique Éloïse Chabuel, monitrice de l'auto-école Automotion à Castelnau-le-Lez (34). On n’est pas contre l’idée d’un permis spécifique, au contraire, mais il faut voir comment ça peut être mis en place concrètement. »

Bon à savoir

Il existe aujourd’hui deux types de permis B : le permis sur boîte manuelle et le permis limité à la boîte automatique. Ce dernier repose sur une formation plus courte, avec un minimum de 13 heures de conduite, contre 20 heures pour le permis B classique.

Un permis moins coûteux… mais des voitures plus chères à l'achat

C’est l’un des points qui fait réagir les professionnels des auto-écoles : le coût réel d'acquisition d'une voiture électrique. « À l’heure actuelle, une voiture électrique reste plus chère qu’un véhicule thermique en boîte automatique classique. C’est un surcoût non négligeable pour une auto-école », souligne Éloïse Chabuel. La plupart des établissements fonctionnent en leasing, avec des véhicules renouvelés tous les deux ans. Or, le passage à l’électrique se traduit par des mensualités plus élevées. « Entre notre ancienne voiture en boîte auto et une électrique, on a 150 euros de plus par mois. Et s’il n’y a rien de prévu pour accompagner ce surcoût, proposer un permis électrique moins cher est très compliqué. »

Pour répondre à cette problématique, l’UFE propose la création d'un prêt à taux zéro pour l'achat d'un véhicule électrique à double commande. Mais là encore, les auto-écoles grincent des dents. « Quand bien même on aurait des prêts à taux zéro sur des voitures électriques, ça reste un investissement. On parle de 30 000-35 000 euros, aujourd’hui, je ne peux pas me le permettre même en leasing avec des mensualités très élevées », regrette aussi Alexandre Touchais, à la tête de l'auto-école Alex Conduite, située aux Herbiers (85).

En parallèle, l'UFE plaide pour que ce prêt à taux zéro soit également accessible aux jeunes titulaires de ce permis dédié, afin de les aider à financer l’achat de leur premier véhicule électrique.

Recharge, autonomie : une logistique plus contraignante

Au-delà du prix, l’organisation quotidienne au sein d'une auto-école peut être modifiée avec une flotte d'électriques. Là où un plein d’essence peut se faire pendant une leçon de conduite, la recharge impose une planification plus rigoureuse. « Notre auto-école est implantée dans un territoire rural, dans une commune d’environ 20 000 habitants, nous détaille Alexandre Touchais. Les voitures électriques circulent ici, mais les infrastructures de recharge restent insuffisantes et trop peu développées sur notre territoire. Dans ces conditions, c’est compliqué : en tant qu’auto-école, je ne peux pas, par exemple, installer une borne de recharge devant mon établissement. »

L’autonomie et la recharge des véhicules sont aussi des éléments à gérer au jour le jour. « Avec le froid, la voiture tient à peine la journée. Tous les soirs, il faut qu’elle soit rechargée. En ce moment, on recharge tous les jours », explique Éloïse Chabuel. La situation se complique davantage encore pour les auto-écoles installées dans des copropriétés, où les démarches nécessaires pour l'installation d'une infrastructure de recharge sont souvent plus longues. « On est obligés d’aller sur des bornes publiques. Ce n’est pas la même souplesse qu’avec une voiture thermique. »

Il serait plus pertinent d’ajuster la formation existante avec une ou deux heures dédiées à l’électrique.

Alexandre Touchais,
gérant de l'auto-école Alex Conduite.

Des aides à la conduite qui posent question à l’examen

Dernier point qui interroge les auto-écoles : les spécificités de la conduite en voiture électrique, comme le freinage régénératif ou certaines aides avancées à la conduite. « Personnellement, je désactive le freinage régénératif, qui est très marqué sur les modèles électriques, explique Éloïse Chabuel. Il y a des inspecteurs qui demandent la neutralisation de ces aides, car on attend de l’élève qu’il montre sa capacité à conduire le véhicule sans assistance. » L’apprentissage reste donc centré sur une conduite « classique », même à bord d’un véhicule électrique. « Il ne faut pas brûler les étapes et faire conduire les élèves avec toutes les aides avant qu'ils ne maîtrisent bien le véhicule. Aujourd’hui, on enseigne une conduite avec une boîte automatique, pas une conduite assistée. »

Pour certains professionnels, l’enjeu n’est donc pas tant le type de motorisation que les bases mêmes de l’apprentissage de la conduite. « J’ai le sentiment que la proposition de l’UFE se concentre davantage sur la technologie du véhicule électrique que sur les fondamentaux de la conduite, comme l’anticipation et la circulation, conclut Alexandre Touchais. Il serait plus pertinent d’ajuster la formation existante avec une ou deux heures dédiées à l’électrique : au final, une voiture reste une voiture, qu’elle soit thermique ou électrique. »

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