Ce reportage a été tourné en 2023, alors que Jérémy Puges était patrouilleur sur l'A13 et Guillaume Berezay chef du centre de Morainvilliers.
Patrouilleurs autoroutiers en première ligne face au danger
Accidents, véhicules en panne, objets sur la chaussée, poids lourds immobilisés, balisages d’urgence… Chaque jour, Jérémy Puges parcourt plusieurs centaines de kilomètres sur les autoroutes A13 et A14, entre Nanterre et Buchelay, en Île-de-France. Ancien conducteur routier, il connaît parfaitement les risques de la route. Mais depuis qu’il est devenu patrouilleur autoroutier, il les vit désormais de l’intérieur. « On ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber », nous raconte-t-il avant de prendre son service. « À chaque intervention, il faut être attentif à tout. Le danger peut venir de partout. »
Durant ses patrouilles sur son réseau, Jérémy peut aussi être directement “déclenché” par le poste de contrôle de sécurité basé à Rouen et équipé de caméras de surveillance. Le patrouilleur est généralement le premier à arriver sur la zone à sécuriser. Au volant de son fourgon, c’est vers l’inconnu qu’il s’élance à chaque intervention. « Il faut toujours qu’on soit à l’affût et qu’on s’assure qu’il n’y ait pas d’anomalies qui pourraient mettre en danger les usagers. Dès qu’on peut intervenir, on intervient », confie-t-il.
Des couteaux suisses de l'autoroute
Avant de démarrer son fourgon orange, l’agent contrôle systématiquement son matériel : panneaux lumineux, cônes de signalisation, balais, produits absorbants, pneumatiques, équipements de sécurité… Tout doit être prêt. Car sur cet axe Paris-Normandie particulièrement fréquenté, les interventions s’enchaînent. « Plus il y a de trafic, plus il y a d’événements à gérer », explique-t-il. En véritable couteau suisse, l’ouvrier autoroutier doit effectivement jongler entre ses différentes missions. « Les agents interviennent sur plusieurs volets : la gestion des événements sur le tracé autoroutier, la mise en sécurité des entreprises extérieures avec la pose de balisage et l’entretien des infrastructures de l’autoroute », détaille Guillaume Berezay, chef du centre d’opération situé à Morainvilliers.
Au fil de son parcours professionnel, un agent autoroutier est formé au cours de plusieurs modules : interventions d’urgence, balisage, traversées sur les voies… Durant ses premiers pas, l’agent autoroutier junior est accompagné lors de ses interventions avant d’être complètement autonome et seul dans son fourgon d’intervention.
« Le risque zéro n’existe pas »
Sur l’autoroute, intervenir signifie travailler à quelques centimètres de véhicules roulant parfois à plus de 130 km/h. Pour les agents, chaque arrêt sur la bande d’urgence comporte une très grande part de risque. « Quand un véhicule de patrouille ou de balisage se fait percuter, ça nous touche forcément », explique Jérémy. « On sait que cela peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. Le risque zéro n’existe pas. » Et les chiffres montrent que le danger reste omniprésent. Selon le groupe Sanef, en 2025, toutes sociétés concessionnaires autoroutières confondues, 143 accidents impliquant des intervenants ont été recensés en France. Cela concerne les agents autoroutiers, mais aussi les dépanneurs, forces de l’ordre et services de secours. Le bilan est lourd : 12 accidents corporels, 6 blessés graves et 7 blessés légers.
Des chiffres malheureusement identiques à ceux de 2024, année durant laquelle 143 accidents avaient déjà été enregistrés, avec notamment deux décès. Depuis le 1er janvier 2026, 36 accidents impliquant des intervenants ont déjà été comptabilisés. Au niveau national, les sociétés concessionnaires rappellent qu’en moyenne, trois accidents impliquant des intervenants se produisent chaque semaine sur autoroute.
Téléphone au volant, inattention : des comportements à risque
Sur le terrain, les agents constatent quotidiennement les mêmes comportements dangereux. Téléphone au volant, conducteurs qui ne ralentissent pas, véhicules qui frôlent les zones d’intervention, distances de sécurité non respectées… « Je vois tous les jours des automobilistes sur leur smartphone », déplore Jérémy. « Certains ne changent même pas de voie alors qu’on est en intervention juste à côté d’eux. » Pour les agents autoroutiers, ces comportements augmentent considérablement les risques d’accident. La fatigue et la somnolence sont également régulièrement pointées du doigt, notamment sur les longs trajets.
Le corridor de sécurité : la barrière invisible qui protège
Les trois panneaux du corridor de sécurité. ©Roole Instauré par le décret du 17 septembre 2018, le corridor de sécurité consiste en une barrière invisible que doit respecter un conducteur à l’approche d’un véhicule équipé des feux spéciaux ou de feux de détresse au ralenti ou à l’arrêt sur la chaussée. Cette règle est indiquée par trois panneaux placés successivement sur 300 mètres, qui décrivent les trois étapes du corridor de sécurité : « Je ralentis », « je m’éloigne » puis « je change de voie si possible ». Des règles simples qui peuvent épargner des vies. « Surtout soyez prudents sur la route et restez vigilants. Faites attention à nous, on vous le rendra bien ! », conclut Jérémy dans notre reportage vidéo.
- ↑ : En 2023, Jérémy Puges était patrouilleur sur l'A13.
- ↑ : En 2023, Guillaume Berezay était chef du centre de Morainvilliers.