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ZFE Montpellier : on en est où ? Quelles solutions alternatives pour circuler ?

Par Grégoire Hamon
Publié le 04/04/2023
Temps de lecture : 13 min
Place de la Comédie à Montpellier sous le soleil

La métropole de Montpellier a souhaité instaurer sa Zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m) en plusieurs phases, en démarrant le 1er juillet 2022 sur un périmètre concentré. La période pédagogique s'étend jusqu'au 31 juillet 2023 et laissera ensuite place aux contrôles et sanctions (amende de 68 euros). Quelles sont les modalités d’application et les communes concernées ? Quelles sont les aides mises en place ? Et les dérogations prévues ? Qu’en est-il des revendications des opposants à la ZFE-m ? Revue détaillée.

Pourquoi une ZFE dans la Métropole de Montpellier ?

La métropole de Montpellier fait partie des 10 agglomérations françaises où les seuils de pollution réglementaires sont régulièrement dépassés. Selon ATMO Occitanie, la qualité de l’air extérieur en 2021 y était considérée comme « dégradée » 27 % du temps (« mauvaise » 7 % du temps, « moyenne » 65 % et « bonne » seulement 1 % du temps). Le secteur des transports routiers représente « la principale source de pollution » (80 % des émissions de dioxyde d'azote). Pour se conformer à la loi d'orientation des mobilités (LOM) et améliorer significativement la qualité de l'air, la ville doit adopter un calendrier précis pour interdire la circulation aux véhicules les plus polluants, y compris aux voitures particulières, au même titre que Toulouse, Rouen, Lyon ou encore Nice.

Quel est le calendrier de la ZFE de Montpellier ?

Les premières restrictions et interdictions de circulation ont officiellement démarré le 1er juillet 2022 pour les professionnels et les particuliers dans le périmètre initial de la Zone à faibles émissions mobilité. La période « pédagogique », qui devait s’achever le 31 décembre 2022, a été prolongée jusqu’au 31 juillet 2023 : aucune verbalisation n'interviendra avant cette date.

© Métropole de Montpellier
© Métropole de Montpellier

Comme dans toutes les ZFE, la mise en place des restrictions de circulation seront progressives. Pour les automobilistes et les conducteurs de deux-roues motorisés, voici les dates à retenir :

  • Le 1er juillet 2022 : obligation d’apposer une vignette Crit’Air sur son véhicule pour entrer dans le périmètre initial de la ZFE et démarrage de l’interdiction pour les voitures « non classées ».
  • Le 1er janvier 2023 : extension de l'interdiction aux voitures Crit’Air 5.
  • Le 1er août 2023 : fin de la période pédagogique ; les amendes peuvent théoriquement s’appliquer en cas de non-respect des restrictions au sein du périmètre concerné par la ZFE.
  • Le 1er janvier 2024 : extension de l'interdiction aux voitures Crit’Air 4 ainsi qu’aux deux-roues et trois-roues non classés et Crit’Air 4.
  • Le 1er janvier 2025 : extension de l'interdiction aux voitures et deux-roues et trois-roues Crit’Air 3.
  • Le 1er janvier 2026 : extension du périmètre de la ZFE à toute la métropole de Montpellier.
  • Le 1er janvier 2028 : extension de l'interdiction aux voitures Crit’Air 2 ainsi qu’aux deux et trois-roues Crit’Air 2.

Périmètre de la ZFE de Montpellier : 2 phases

La métropole de Montpellier a souhaité mettre en place sa Zone à faibles émissions en deux temps. La première phase, qui a déjà démarré, concerne la ville de Montpellier ainsi que les 10 communes les plus proches :

  • Castelnau-le-Lez
  • Clapiers
  • Grabels
  • Jacou
  • Juvignac
  • Lattes
  • Le Crès
  • Pérols
  • Saint-Jean-de-Védas
  • Villeneuve-lès-Maguelone

La seconde phase, qui débutera le 1er juillet 2026, concernera l’ensemble des communes de la métropole, soit 20 communes additionnelles, qui ne sont pour l’instant, pas suffisamment desservies par les transports en commun :

  • Baillargues
  • Beaulieu
  • Castries
  • Cournonsec
  • Cournonterral
  • Fabrègues
  • Lavérune
  • Montaud
  • Montferrier-sur-Lez
  • Murviel-lès-Montpellier
  • Pignan
  • Prades-le-Lez
  • Restinclières
  • Saint-Brès
  • Saint-Drézéry
  • Saint-Geniès-des-Mourgues
  • Saint-Georges-d’Orgues
  • Saussan
  • Sussargues
  • Vendargues
© Roole
© Roole

Itinéraires dérogatoires

Des itinéraires dérogatoires ont été créés pour permettre aux véhicules de circuler quelle que soit leur vignette Crit’Air. Ces itinéraires permettent d’emprunter les principales routes en transit, de se rendre aux parkings relais du tramway ou dans certaines zones d’activité.

  • Itinéraires dérogatoires où l’ensemble des véhicules pourront continuer à circuler : A750/N109, M132/M132E2/M612, A709, A9, M986 Sud (Lattes), D66 (Pérols), Avenues Auriol, des Moulins et Neruda, Rue Blayac, M67 (Teyran), M65 (Le Crès), M5 (Lavérune), M613, M65E1 ;
  • Accès dérogatoires aux parkings tramway : Mosson, Euromédecine, Occitanie, Pompidou, Sablassou, Circé/Odysseum, Pérols Centre, Lattes Centre, Saint Jean le Sec, Saint Jean de Védas centre ;
  • Parcs d’activités dérogatoires : à Juvignac : Courpouyran ; à Montpellier : Garosud et Restanque ; à Saint-Jean-de-Védas : Condamine et Lauze ; à Villeneuve-lès-Maguelone : Charles Martel.

Les dérogations à la ZFE-m

Des dérogations sont prévues par la métropole de Montpellier afin de s’adapter aux cas particuliers et de couvrir potentiellement une partie du mécontentement des conducteurs concernés.

Une dérogation « Petit rouleur » est accordée aux propriétaires de véhicules roulant moins de 8000 km par an. La dérogation est valide pour 3 ans à compter de la date d'éviction du véhicule et la demande doit être effectuée auprès de la Métropole deux mois avant cette même date. Comment l'obtenir ?

  • Fournir une attestation d’assurance « petit rouleur »
  • Ou produire les deux derniers contrôles techniques attestant d’un kilométrage annuel inférieur à 8000 km, avec un engagement sur l’honneur à ne pas en parcourir davantage ;
  • Pour un véhicule interdit le 1er janvier de l'année n+1, la demande de dérogation doit être déposée entre le 1er septembre et le 30 novembre de l'année n.

Une dérogation est aussi prévue pour les véhicules de collection faisant des trajets occasionnels, dont le certificat d’immatriculation porte la mention « collection » dans la rubrique Z.1. Il en va de même pour les véhicules Crit’Air 2 ou Crit'Air 3 équipés d’un boîtier superéthanol E85. La Métropole peut aussi accorder des dérogations temporaires pour les professionnels utilisant des véhicules spécifiques dans le cadre de leur travail (par exemple les véhicules d’approvisionnement des marchés avec aménagement spécifique).

Rappelons que l’État prévoit aussi une dérogation permanente, indépendamment des vignettes Crit’Air, pour les véhicules affichant une carte "mobilité inclusion", une carte de stationnement pour personnes handicapées et les véhicules d’intérêt général (police, gendarmerie, douanes, pompiers, ministère de la défense, sécurité civile…)

Quid des contrôles et des sanctions ?

Le contrôle automatique des véhicules autorisés à circuler dans les ZFE-m, avec lecture des plaques d’immatriculation, ne sera pas possible en France avant mi-2024. En attendant, les contrôles seront effectués par les forces de l’ordre à partir du 1er juillet 2023. Elles vérifieront si les véhicules qui circulent ou stationnent ont effectivement le droit de cité dans la ZFE. Les propriétaires des véhicules contrevenants s’exposeront à une amende de 68 euros. Précisons que la ville de Montpellier est déjà équipée depuis 2021 d’une voiture capable de scanner 10 000 plaques d’immatriculation par jour pour traquer, pour l’instant, les fraudes au stationnement payant.

Quelles aides pour les automobilistes concernés par la ZFE-m ?

La métropole de Montpellier ne propose pas d’aides spécifiques pour l’acquisition ou le remplacement d’un véhicule et renvoie donc ses résidents aux aides du gouvernement (Bonus écologique, Prime à la conversion ou encore Prime au rétrofit électrique) ainsi qu’à l’éco-chèque mobilité proposé par la région Occitanie. Celui-ci est destiné à aider ses administrés à s’équiper d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable neuf ou d’occasion. Le montant de l’aide diffère selon que la voiture soit neuve ou d'occasion : la région propose une aide de 1000 € aux foyers non imposables qui acquièrent une voiture électrique ou hybride rechargeable neuve et de 2000 € pour les foyers non imposables. Si le véhicule acheté est d’occasion, l’aide est de 30% du prix d’achat, dans la limite de 2000 € (ou 4000 € pour un(e) aide-soignant(e) ou un(e) accompagnant(e) éducatif et social), à condition d’avoir un revenu fiscal de référence inférieur à 14 089 euros.

Quelles aides sont proposées par la région Occitanie ?

Quelle opération ?ConditionsAide foyers non imposablesAide foyers imposablesFoyers au revenu fiscal de référence par part ≤ 14 089 €
Achat d’une voiture électrique ou hybride rechargeable neuveAchat réalisé auprès d’un professionnel de la région pour un montant maximum de 30 000 € TTC2 000 €1 000 €
Achat d'une voiture électrique ou hybride rechargeable d'occasion Achat réalisé auprès d’un professionnel de la région 30% du coût d’achat dans la limite de 2 000 €

Les solutions alternatives à la voiture

Offre étendue et gratuité pour les transports en commun

En contrepartie de la restriction imposée sur le trafic automobile, la métropole de Montpellier mise sur le développement de son offre de transport en commun, et en propose même la gratuité.

Les transports en commun sont en effet gratuits depuis 2020 pour les habitants de la métropole le week-end. Depuis 2021, la gratuité est étendue à la semaine pour les moins de 18 ans et plus de 65 ans. Le 21 décembre 2023, Montpellier Méditerranée Métropole deviendra la première métropole française à mettre en œuvre la gratuité des transports pour tous ses habitants : un pass gratuité dont il faut faire la demande en ligne, fera office de titre de transport. En parallèle, l’offre va se renforcer avec la construction de la ligne 5 de tramway (ouverture fin 2025), l’extension de la ligne 1 (2024) et la création de 5 lignes de bus électriques "Bustram" « à haut niveau de service ». Ces lignes seront effectives entre 2024 et 2025 et bénéficieront de voies réservées. Les Bustram seront prioritaires sur les voitures et aux feux de circulation. « Fin 2025, 90% des habitants de Montpellier et 70% de ceux de la métropole seront situés à proximité d’un arrêt de tramway ou bustram », indique la métropole.

Des aides pour acheter un vélo électrique

La métropole propose une aide de 500 € sans condition de ressources pour l’acquisition d’un vélo à assistance électrique neuf (VAE) acheté dans un magasin local. Elle propose aussi une aide de 200 € pour l’acquisition d’un VAE d’occasion ou d’un kit d’électrification, permettant de transformer un vélo classique en vélo à assistance électrique. Ces aides sont valables, pour l’instant, jusqu’au 30 juin 2023.

La métropole va mettre en œuvre d’ici 2026 son « plan mobilités actives » de 150 millions d’euros pour des aménagements cyclables, piétons et personnes à mobilité réduite (PMR). Ce réseau de 235 km, baptisé « Vélolignes Montpelliéraines », permettra de relier entre elles les communes de la métropole grâce à des aménagements de pistes cyclables protégées à double sens, continus et homogènes.

Le covoiturage et l'autopartage encouragés

Depuis le 1er mars 2021, la Métropole finance un service de covoiturage sur l’ensemble de ses 31 communes, avec son partenaire Klaxit. Les passagers voyagent gratuitement et les conducteurs sont rémunérés pour chaque passager transporté (jusqu’à 160 €/mois).

Les opposants montent au créneau

L’arrivée de la Zone à faibles émissions à Montpellier a suscité, comme dans les autres agglomérations concernées, de nombreuses réactions. Dans une lettre ouverte au président de la métropole Michaël Delafosse, deux députés NUPES-LFI de l'Hérault ont réclamé en février dernier la suspension de la ZFE de Montpellier en raison de son caractère « injuste ». Ils considèrent que la mise en place de la ZFE va « aggraver les inégalités sociales déjà en place et renforcer la défiance des gens à l’égard de l’écologie ». Ils dénoncent une offre encore insuffisante en matière d’alternatives à la voiture et remarquent en parallèle la construction de plusieurs projets routiers susceptibles d’accroître la circulation. Pour l’instant, ces revendications n’ont pas infléchi le calendrier de la ZFE.