Lorsqu'il achète sa Renault Zoé en 2016, les bornes publiques sont encore rares et l’électrique suscite surtout de la méfiance. Dix ans plus tard, Thomas Fournier, directeur général délégué de Roole, traverse l’Europe en voiture électrique sans inquiétude particulière et observe à quel point les usages ont changé.
« On branche sa voiture comme on branche son téléphone »
Thomas Fournier est vite séduit par l'électrique : il est geek et sensible aux sujets environnementaux, le profil-type du early adopter. Mais le véritable déclic survient lors de l'essai de sa Renault Zoé en concession. « Il n'y a pas de bruit, c'est très doux et agréable. Je me dis tout de suite : "c'est ça la voiture de demain !" »
Dix ans plus tard, Thomas Fournier observe un paradoxe tenace dans la façon dont la voiture électrique est encore perçue. « Avec un véhicule thermique, il y a quand même une certaine logistique derrière un plein : il faut puiser du pétrole à l'autre bout du monde, l'acheminer vers des raffineries, puis le transporter dans des camions-citernes pour alimenter les différentes stations-service. Et ensuite, on passe dix minutes à faire le plein. Et ça paraît tout à fait normal. » À l'inverse, la recharge électrique est souvent présentée comme compliquée alors qu'elle peut être extrêmement simple. « Quand on a une prise chez soi, on rentre et on branche sa voiture comme on branche son téléphone portable. C'est hyper simple ! »
En dix ans, l'électrique a fait du chemin
Si son expérience de l'électrique est aujourd’hui parfaitement fluide, Thomas Fournier admet que cela n'a pas toujours été le cas. « À l’époque, il n'y avait pas beaucoup de bornes de recharge publique », se souvient-il. Et lorsqu'il saute le pas, il ne dispose même pas d’une borne dans son parking. « J'ai mis quelques semaines à convaincre mon syndicat de copropriété que j'avais le droit d’installer une borne. » En attendant, il recharge sa voiture comme il peut : sur des parkings de supermarchés ou sur des bornes publiques parfois difficiles d’accès. « Au fur et à mesure des années, j’ai vu de plus en plus de bornes accessibles sur autoroute et un peu partout en ville : aujourd’hui, ce n’est plus un sujet », affirme-t-il.
Au 30 avril 2026, la France comptait 194 996 points de recharge ouverts au public. (Source : Avere-France)
Le fait qu'à cette époque, la Zoé soit le second véhicule du foyer et non la voiture principale facilite la transition vers l’électrique. Aujourd'hui, les deux véhicules de la famille sont électriques et c'est le modèle familial, doté d'une autonomie bien supérieure, qui est privilégié pour les longs trajets et les vacances.
Traverser l’Europe en électrique : c’est possible
Contrairement à une idée encore largement répandue, il est aujourd’hui tout à fait possible de faire de longs trajets en voiture électrique, estime Thomas Fournier. Grand rouleur, il parcourt 20 000 à 25 000 kilomètres par an et les longs trajets sont pour lui un plaisir : « Le trajet, je l’intègre comme le début des vacances. Je ne vois pas ça comme une contrainte. » Il a déjà traversé une bonne partie du continent européen. « Je suis allé jusqu’à la mer Noire en Roumanie, à plus de 1 500 kilomètres. »
Même s'il reconnaît que selon les pays traversés, le trajet doit être plus ou moins planifié, l’idée selon laquelle voyager loin en électrique est impossible correspond selon lui à une vision dépassée du marché. « C’était peut-être vrai il y a dix ans, mais aujourd’hui, il y a des voitures qui ont 400, 500, voire 600 kilomètres d’autonomie », rappelle-t-il.
Plein d'avantages… mais encore des frustrations
Pour Thomas Fournier, le principal avantage de la motorisation électrique est qu'elle permet de réduire fortement le budget carburant. « Je suis parti en vacances en Espagne, à 1 500 kilomètres de Paris. L'aller-retour m'a coûté 170 euros d'électricité en chargeant uniquement sur des bornes rapides. C'est à peu près deux fois moins cher que l'essence », compare-t-il. L'autre point positif qu'il identifie est l'impact de l'électrique sur la conduite. « Je pense que je conduis un peu plus prudemment », reconnaît-il. Les raisons : l’attention de chaque instant portée à la consommation d’énergie et le freinage régénératif, qui encourage une conduite plus souple. « On ne démarre pas à fond à un feu rouge parce que ça n’a aucun intérêt », résume-t-il.
Thomas Fournier reconnaît cependant être encore confronté à des situations frustrantes de temps en temps. Il raconte notamment une mésaventure récente de recharge : « La borne était indiquée disponible sur Roole Map, mais la borne ne devait jamais être utilisée… Je n’ai jamais réussi à recharger ma voiture. Je suis resté 45 minutes à tester un badge, un deuxième badge, l’application, le QR code… Ça n’a jamais marché. »
Être utile aux électromobilistes avec Roole Map
Ces expériences de terrain nourrissent directement le développement de Roole Map, l’application de navigation développée par Roole, suivie de très près par Thomas Fournier. « On a voulu intégrer dans cette application tout ce qui est utile au quotidien des automobilistes français », explique-t-il. À savoir : prix des carburants, disponibilité des stations-service, prix des parkings, informations sur les aires d’autoroute et bien sûr : prix de la recharge et disponibilité des bornes.
Mais il n'oublie pas que son expérience d’électromobiliste aguerri ne reflète pas toujours les besoins des nouveaux utilisateurs. « On cherche aussi à trouver des fonctionnalités qui rassurent les gens qui viennent de passer à l'électrique. » Parmi les prochains axes de développement figure notamment la planification de la recharge sur les longs trajets. « On travaille sur le prochain arrêt », détaille-t-il. L’idée est de proposer différentes options de recharge selon les besoins du conducteur lors d’un long trajet : pause repas, recharge rapide ou simple arrêt de quelques minutes.
Le prix : le nerf de la guerre
Avec le développement des technologies de batterie, de l’autonomie et du réseau de bornes de recharge, le principal frein qui subsiste est selon lui le prix des véhicules. « Mais il y a de plus en plus de voitures électriques d'occasion et le marché va encore se développer », constate-t-il. « En cette période où les prix des carburants flambent, les gens commencent à considérer l’électrique comme une bonne option. »
- ↑ : Roole Média est édité par Roole, dont certains services sont cités dans cet article.