On entend souvent dire qu'une batterie de voiture électrique serait à remplacer au bout de quelques années. Une croyance tenace qui alimente les a priori négatifs sur l’électrique. Mais à l’heure où le parc a gagné en maturité et où les modèles de première génération affichent plusieurs centaines de milliers de kilomètres au compteur, cette crainte est-elle encore justifiée ? Nous avons posé la question à Laurent Perron, coordinateur des projets automobiles au Shift Project.
« Au début des années 2010, on ne savait pas trop quelle serait la durée de vie des batteries, mais aujourd’hui il n’y a plus aucun doute », affirme Laurent Perron. Contrairement à un moteur thermique, la longévité d’une batterie ne se calcule pas directement en kilomètres, mais en cycles de charge. Un cycle correspond à une décharge complète suivie d’une recharge complète et chaque cycle a un impact sur la capacité de la batterie. « Les batteries actuelles sont dimensionnées pour a minima 1 000 à 1 500 cycles de charge et de décharge, ce qui correspond à un kilométrage moyen de l’ordre de 200 000 km », explique Laurent Perron.
Même lorsqu’une batterie n’est plus jugée optimale pour un usage automobile, elle n’est pas hors d’usage. Ces batteries peuvent connaître une « seconde vie », notamment pour le stockage stationnaire d’électricité, avant d’être recyclées.
Les données issues des flottes professionnelles sont elles aussi très encourageantes. Arval, spécialiste français de la location longue durée, observe un état de santé moyen de 90 % après 200 000 km parcourus sur ses véhicules électriques. 98 % des batteries testées par Arval présentent un état de santé supérieur à 80 %, y compris sur des véhicules fortement kilométrés. A titre de référence, Carbone 4, cabinet de conseil spécialisé dans la transition énergétique, estime qu'une batterie atteint le seuil de fin de vie pour la traction automobile lorsqu’elle ne possède plus que 70 à 80 % de sa capacité initiale. « Pour un véhicule roulant en moyenne 15 000 km par an, la durée de vie théorique de la batterie du véhicule est comprise entre 15 et 20 ans », en conclut Carbone 4. Le recul dont on dispose sur certains véhicules et dans certaines zones géographiques permet même d’observer des chiffres bien plus élevés. « Aux États-Unis, certaines Tesla affichent déjà plus d’un million de kilomètres au compteur », affirme Laurent Perron.
Les constructeurs automobiles garantissent généralement leurs batteries pendant 8 ans ou 160 000 km, avec un seuil minimal de capacité souvent fixé à 70 %.
Si la technologie a beaucoup progressé, les usages continuent à jouer un rôle clé dans la longévité de la batterie. « Il est souvent préconisé de faire des recharges entre 20 et 80 % de la capacité totale », rappelle Laurent Perron. Éviter les charges systématiques à 100 % et les décharges profondes contribue à limiter le vieillissement chimique. D’autres facteurs liés à la recharge entrent également en jeu : la surutilisation de la recharge rapide ou l’immobilisation prolongée du véhicule, notamment lorsqu’il est chargé à 100 %, peuvent accélérer la dégradation. Les fortes chaleurs constituent, elles, un facteur externe aggravant. Malgré tout, pour l'expert, il n’y a aucune inquiétude à avoir sur la durée de vie des batteries : « Elles dureront au moins aussi longtemps que la voiture elle-même », estime-t-il. Une perspective de nature à lever l'un des principaux freins psychologiques à l’adoption de la voiture électrique.