La transition vers la voiture électrique est désormais au cœur des politiques climatiques. Mais pour de nombreux automobilistes, ces véhicules restent difficiles d’accès en raison de leur coût d’achat, nettement supérieur à celui des modèles thermiques. Selon Laurent Perron, coordinateur des projets automobiles du Shift Project, l’état actuel du marché confirme que l’électromobilité demeure encore largement hors de portée des ménages les plus modestes. Dans ces conditions, l’idée selon laquelle la voiture électrique serait réservée aux plus riches n’est pas totalement fausse.
Des voitures électriques neuves encore trop chères à l’achat
« Aujourd’hui, l’entrée de gamme en véhicule électrique se situe autour de 20 000 euros hors bonus écologique », rappelle Laurent Perron. À titre de comparaison, on peut trouver des citadines thermiques d’entrée de gamme à partir de 12 500 euros, comme la Dacia Sandero par exemple. Cet écart de prix constitue un frein important pour de nombreux ménages. Pour le Shift Project, le manque de modèles réellement accessibles financièrement reste un frein majeur dans le développement de l'électromobilité. « Depuis des années, on milite pour que les constructeurs européens, français en particulier, développent de petits modèles électriques à bas coût, autour de 15 000 euros hors bonus écologique », explique Laurent Perron. Un défi industriel important, mais jugé indispensable pour accélérer la transition vers l’électrique.
Des modèles plus abordables pour relancer la production automobile
En 2025, 1,66 million de voitures neuves ont été vendues en France, soit 27 % de moins qu’en 2010. Début 2026, le marché automobile français était au plus bas depuis 15 ans. « La production automobile n’a jamais été aussi basse en France ! », souligne Laurent Perron. « Il s’agit de retrouver des volumes de vente de véhicules neufs autour de 1,8 à 2 millions de véhicules par an. »
Le développement de véhicules électriques plus accessibles pourrait ainsi contribuer à relancer la production et la vente de voitures neuves en Europe. D'autant plus que sur ce marché atone, une bonne tendance se dessine pour l'électrique : en février, les ventes de voitures électriques étaient 28 % plus élevées qu’un an plus tôt, avec une part de marché de 27 %.
Un renouvellement du parc encore trop lent
La voiture électrique progresse donc sur le marché du neuf, mais sa part reste encore très marginale dans le parc roulant : au 1er janvier 2025, les motorisations 100 % électriques ne représentaient que 2,9 % du parc automobile en circulation en France. Le renouvellement du parc automobile est, par nature, un processus lent : les automobilistes français conservent en effet leur véhicule en moyenne pendant 11,5 ans. Et le marché de l'occasion, qui reste dominant, ne compte encore que 2,6 % de modèles électriques. Dans ce contexte, la diffusion des voitures électriques prend du temps.
Rendre les voitures électriques plus accessibles constitue donc un levier essentiel pour accélérer le renouvellement du parc.
Les aides publiques, un levier essentiel
Pour y parvenir, et afin de rendre la voiture électrique plus accessible, les aides publiques ont un rôle clé à jouer. Pour Laurent Perron, elles sont « absolument indispensables », en particulier pour les ménages qui n’ont pas d’alternative à la voiture, vivant dans les zones périurbaines ou rurales, où les déplacements domicile-travail nécessitent parfois de parcourir de longues distances.
Ces dispositifs permettent de réduire sensiblement le prix d’achat d’un véhicule électrique, en particulier pour les ménages modestes. Le coup de pouce véhicules particuliers électriques (ex-bonus écologique) atteint par exemple jusqu'à 5 700 euros en 2026. Et depuis 2024, le gouvernement a lancé un dispositif de leasing social pour permettre aux ménages modestes d'accéder à la location longue durée d'une voiture électrique à moins de 200, voire 100 euros par mois. Un dispositif victime de son succès, qui a été reconduit en 2025 et 2026.
Des aides encore trop instables pour les automobilistes
Mais la nature des aides et leurs montants évoluent presque chaque année. Il en résulte un manque de lisibilité et une sensation d'instabilité qui peuvent, selon Laurent Perron, déstabiliser les automobilistes et peser sur la décision d’achat. « Il faudrait ancrer une lisibilité sur plusieurs années pour que les gens puissent se projeter et que cela déclenche les intentions d’achat », estime-t-il. Une condition indispensable pour convaincre au-delà des « early adopters », ces automobilistes déjà passés à la voiture électrique, souvent par conviction environnementale. « Il faut que l'ensemble de la filière automobile et les pouvoirs publics aient un discours extrêmement clair et lisible sur le long terme, sur le fait que le passage à l'électrique permettra d’atteindre deux objectifs majeurs : lutter contre le réchauffement climatique et réduire notre dépendance aux énergies fossiles », conclut-il.
En 2023, les voitures particulières ont représenté 18 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.
Un coût à l'usage bien plus faible
À ce coût d’achat élevé s’oppose toutefois une autre réalité : à l’usage, la voiture électrique se révèle nettement plus économique. Le budget de recharge, par exemple, s’élève en moyenne à 39 euros par mois, contre 119 euros de carburant pour une voiture essence et 94 euros pour un diesel. L’entretien est également moins coûteux, avec une facture mensuelle moyenne de 26 euros, soit près de deux fois moins que pour un modèle thermique..