L’électrique vient de franchir un cap historique. D’après le baromètre mensuel de l’Avere-France, les véhicules 100 % électriques ont représenté 20,8 % des immatriculations en septembre, soit leur plus forte part de marché jamais enregistrée. En y ajoutant les hybrides rechargeables (PHEV), la part combinée atteint 26,5 %. Au total, 45 171 véhicules électriques et PHEV ont été immatriculés ce mois-là, dont 35 456 modèles entièrement électriques. Pour la première fois, les véhicules électriques ont ainsi dépassé les motorisations essence en volume d’immatriculations, selon l’Avere-France.
Ce basculement s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs mois. En juin 2023 déjà, les ventes de véhicules électriques avaient dépassé celles de modèles diesel. Désormais, c’est le moteur essence, longtemps dominant, qui cède du terrain. Une évolution qui traduit le changement de paradigme du marché automobile français, à mesure que les constructeurs multiplient les offres électrifiées et que les consommateurs s’adaptent à la transition.
Ce succès doit beaucoup aux entreprises et aux loueurs, qui accélèrent la conversion de leurs flottes. Selon les données de Flotauto et de Beev, le 100 % électrique représente désormais plus de 21 % des immatriculations dans les flottes, un chiffre en hausse de près de 50 % sur un an. Dans ce segment, la motorisation essence ne pèse plus que 16 % du marché, preuve que les sociétés ont pris le virage de l’électrification beaucoup plus rapidement que les particuliers. Pour ces acteurs, les avantages fiscaux, les coûts d’usage plus faibles et la réglementation sur les zones à faibles émissions (ZFE) ont joué un rôle déterminant. Les flottes d’entreprises constituent aujourd’hui le principal moteur de la croissance électrique, selon AAA Data.
Les particuliers, eux, avancent plus lentement. Malgré un regain d’intérêt lié à la baisse du prix de certaines citadines électriques et à l’extension du bonus écologique, la voiture électrique reste perçue comme un investissement coûteux. En septembre, les ventes de véhicules électriques aux particuliers progressent de 7 %, mais leur part dans le marché total demeure minoritaire.
Malgré cette première historique, la route reste longue avant que l’électrique ne s’impose durablement. Le prix d’achat demeure le principal frein. Même si les coûts d’usage sont plus faibles, la dépense initiale reste élevée, surtout depuis le recentrage du bonus écologique sur les modèles produits en Europe.
Autre obstacle : la méfiance des Français concernant la durée de vie des voitures électriques et leur capacité à parcourir de longs trajets. D'après une enquête réalisée en décembre 2024 par Roole avec l'Ifop, 80 % des Français pensent que la voiture électrique est réservée aux personnes qui ne font pas de grands trajets. Pourtant, les voitures électriques actuellement sur le marché affichent en moyenne une autonomie de 400 km WLTP, ce qui permet en réalité de répondre à une grande partie des besoins de trajets longue distance. Quant à leur durée de vie : les batteries actuelles permettent de parcourir au moins 300 000 km selon Didier Bloch, chercheur au CEA.
Enfin, le marché de l’occasion électrique reste encore limité. Seules 2,6 % des transactions concernent des véhicules électrifiés, même si ce segment est en forte progression, ce qui constitue un levier clé pour élargir l’accès à l’électrique auprès d’une partie plus large de la population.