L'adolescent en trottinette électrique qui passe à toute vitesse à côté de vous sur la chaussée devrait-il passer le Code de la route ? Et le jeune lycéen qui se rend en cours en voiturette électrique ?
C'est en tout cas l'avis du Conseil national de la sécurité routière (CNSR). Cet organe consultatif rattaché au gouvernement va proposer, le 17 septembre prochain, de rendre le passage du Code de la route obligatoire dès 14 ans pour les conducteurs de voiturettes sans permis et d'engins de déplacement personnel motorisés (trottinettes électriques, gyropodes, monoroues). Cette proposition est notamment défendue par la filière des auto-écoles.
« Que vous soyez en trottinette ou en voiturette, vous partagez la chaussée. Donc il faut connaître les règles de circulation, estime Patrick Mirouse, président d'ECF – un réseau national de 450 auto-écoles – et membre titulaire du CNSR. Il faut aussi davantage intégrer ces nouveaux modes de déplacement dans l'apprentissage du Code de la route, notamment en insistant sur l'importance de veiller à ses angles morts. »
Selon l'Observatoire national de la micromobilité, le nombre de trottinettes électriques a augmenté de 290 % entre 2020 et 2025, avec 2,5 millions d'engins en circulation. Le nombre de voiturettes augmente aussi depuis quelques années : les immatriculations sont passées de 13 376 en 2019 à 31 714 en 2024, soit une hausse de plus de 137 %.
Historiquement associées aux seniors, à qui ils permettent de préserver leur autonomie, notamment en zone rurale, ainsi qu’aux conducteurs ayant perdu leur permis ou ne l’ayant jamais obtenu, les voiturettes ont vu le profil de leurs utilisateurs changer. À partir de 2020, des constructeurs comme Aixam ou Ligier ont opéré un virage dans le design de leurs modèles pour séduire les plus jeunes.
Selon Patrick Mirouse, sur ces 31 714 conducteurs de voiturettes, « 60 % sont des jeunes ». De nombreux parents préfèrent que leurs enfants roulent en voiturette plutôt qu'en scooter, car ils considèrent ce moyen de transport plus sécurisé qu'un deux-roues. Dans une autre catégorie, les Citroën Ami, qui nécessitent quant à elles le permis AM (ancien BSR), ont aussi su séduire un public de lycéens aisés.
« Le permis AM, ce n'est qu'une heure de théorie. C'est mieux que rien mais ça reste basique », estime encore le président d'ECF. Plus généralement, Patrick Mirouse s'inquiète de la hausse de l'accidentologie chez les jeunes liée à ces nouveaux usages. « Il ne faut pas attendre le pire pour prendre de nouvelles mesures. Plus on donne tôt de l'autonomie, plus on doit former tôt tous ces jeunes conducteurs au Code de la route. »
D'ores et déjà, la multiplication des nouveaux modes de déplacement a des conséquences sur la sécurité routière. En 2024, 45 utilisateurs d’EDPM sont décédés, contre 10 en 2019, soit une hausse de 350 % en cinq ans. « Les jeunes sont particulièrement concernés : sur la période 2022-2024, les 11-24 ans concentrent la moitié des blessés en engins de déplacement personnel motorisés », indique l'ECF dans un communiqué de presse.