Le Code de la route prévoit une amende de 135 € et un retrait de 3 points de permis pour les conducteurs qui sont contrôlés, smartphone en main ou AirPods dans les oreilles. Mais depuis novembre 2025, plusieurs préfets ont décidé d’user de leur pouvoir discrétionnaire, comme l’article L224-7 les y autorise, et d’ajouter la suspension administrative du permis de conduire aux sanctions déjà prévues.
Une mesure motivée par le risque que représente le téléphone au volant. D’après la Sécurité routière, téléphoner en conduisant multiplie par 3 le risque d’accident et lire un message multiplie ce risque par 23.
Le Code de la route prévoit le retrait temporaire du permis uniquement si vous commettez une autre infraction pendant que vous téléphonez en dehors des départements concernés.
Quels sont les quatre nouveaux départements concernés ?
8 départements appliquent déjà la suspension de permis pour téléphone au volant :
Quatre nouveaux départements viennent tout juste de s’ajouter à la liste : l’Eure-et-Loir, l’Indre-et-Loire, la Haute-Loire et l’Yonne.
Eure-et-Loir : une suspension immédiate dès le contrôle
La suspension de permis pour téléphone au volant est effective depuis le 3 juillet en Eure-et-Loir. Le préfet a fixé la durée à :
- 1 mois en cas de première infraction ;
- 2 mois en cas de récidive.
Alors que certains départements soumettent la suspension à la discrétion du préfet, en Eure-et-Loir, elle est immédiate. Les forces de l’ordre retiennent le permis lors du contrôle. Le conducteur ne peut pas reprendre le volant et doit laisser son véhicule à une autre personne autorisée à conduire.
Indre-et-Loire : des sanctions renforcées pour certains conducteurs
Depuis le 24 juillet 2026, le préfet d’Indre-et-Loire peut lui aussi suspendre le permis des conducteurs surpris téléphone en main.
La durée de la sanction est fixée à un mois lors d’une première infraction. Elle peut toutefois atteindre deux mois :
- En cas de récidive ;
- Pour les titulaires d’un permis probatoire ;
- Pour les professionnels de la route.
Le préfet a prévu une sanction plus sévère pour des catégories d’automobilistes, considérées comme particulièrement exposées aux risques routiers. En effet, les 18-24 ans représentent 17 % des tués sur la route alors qu’ils comptent pour seulement 8 % de la population, selon la Sécurité routière. Pour les chauffeurs de taxi et de VTC, qui parcourent en moyenne entre 60 000 et 100 000 km par an, le taux d’accidentalité serait 2,3 fois plus élevé que la moyenne nationale.
Haute-Loire : jusqu’à six mois de suspension
La Haute-Loire applique également ce dispositif depuis le 1er août 2026. Les conducteurs contrôlés téléphone en main encourent une suspension administrative de permis comprise entre quinze jours et six mois.
Le préfet Yvan Cordier a annoncé la mesure dès le mois de juin. Après plusieurs semaines consacrées à l’information des automobilistes, les premiers retraits temporaires sont aujourd’hui effectifs.
Ce n’est pas la première fois que le département de la Haute-Loire recourt à la suspension administrative de permis pour renforcer la sécurité routière. Elle est déjà utilisée, en lien avec le procureur de la République, pour les grands excès de vitesse. Selon Yvan Cordier, il s’agit d’« un instrument très efficace pour lutter contre les grands excès de vitesse » : une logique désormais étendue au téléphone au volant.
Yonne : jusqu’à 2 mois de suspension
L’Yonne applique elle aussi cette mesure depuis le 1er août 2026. Tout conducteur contrôlé téléphone en main encourt aujourd’hui :
- Un mois de suspension en cas de première infraction ;
- Deux mois de suspension en cas de récidive.
Une mesure qui pourrait potentiellement coûter leur permis à des milliers d’automobilistes. 3 100 personnes ont été verbalisées pour avoir utilisé leur téléphone au volant dans le département en 2025 et 3 400 en 2024.
Suspension de permis pour téléphone au volant : vers une sanction nationale ?
Plusieurs représentants du gouvernement, comme la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, ont exprimé publiquement leur soutien à la mesure.
Pour autant, aucun projet de loi ne prévoit aujourd’hui de généraliser la suspension administrative à l’ensemble du territoire. Ni le gouvernement, ni l’Assemblée nationale, ni le Sénat n’ont engagé de réforme en ce sens. La loi RIPOST, récemment adoptée et qui renforce les sanctions pour plusieurs infractions routières, ne contient d’ailleurs aucune disposition à ce sujet.
Mais on assiste progressivement à une nationalisation de fait. De plus en plus de préfets suspendent le permis, pour des durées variables, lorsqu’un conducteur téléphone au volant. Et cela devrait continuer. Le représentant de l’État dans la Drôme a déjà annoncé vouloir appliquer la mesure à la rentrée.